Témoignage d’un médecin marcheur

Récit du médecin Jean-Louis ETIENNE, pour qui marcher est devenu une habitude! 

 

Article extrait du journal « Le parisien » du  23/10/2017 ici

 

« « Toute ma vie, j’ai marché ! » résume Jean-Louis Etienne, 70 ans. Dans le Tarn, où il a fait ses premiers pas, à Paris, où il réside, et bien sûr lors de ses multiples expéditions dans l’Himalaya, en Patagonie, en Antarctique ou au pôle Nord, qu’il fut le premier à conquérir en solitaire. Ce chantre de la marche, médecin de profession, n’en voit que des bienfaits, recensés dans son livre « Dans mes pas », fraîchement sorti. Voici les bons conseils du docteur Etienne. »

La balade comme un réflexe
Il n’y a pas que la randonnée dans les Alpes qui fait brûler des calories. « Il faut saisir toutes les opportunités de marche dans sa vie quotidienne », résume le médecin. « On descend deux stations de métro plus tôt que d’habitude pour se rendre au travail ou on privilégie les escaliers à l’ascenseur. C’est un jeu qu’on doit s’imposer à soi-même », répète-t-il. Une mini-grimpette improvisée fait ainsi « marcher » notre rythme cardio-respiratoire, qui s’accélère pour couvrir les besoins en oxygène et en nutriments des muscles à l’effort. « La ventilation pulmonaire va faciliter la toilette des bronches », décrypte ce spécialiste de nutrition et de biologie. Il n’est jamais trop tard pour se lancer. Lui fut précoce. « J’ai commencé très tôt par des fugues, j’ai découvert la liberté en marchant… »

La régularité, c’est ce qui compte
Rien ne sert de crapahuter dix heures non-stop tous les 36 du mois, mieux vaut opter pour un petit tour une fois par jour. La marche s’accommode parfaitement avec la régularité pour se métamorphoser en rituel. « Cela balise l’existence », philosophe-t-il. Votre organisme a tout à y gagner. « Sans le savoir, on met en oeuvre une multitude de fonctions neurologiques et musculaires, on entretient l’ensemble de notre corps », souligne-t-il. Alors que, dans notre « société de culs-de-plomb », la sédentarité fait le lit du vieillissement précoce, poser un pied devant l’autre est la solution la plus simple pour garder la pêche. « Regardez-moi, ça marche ! » s’amuse le jeune septuagénaire en forme olympique.

À chacun son rythme
La marche n’est pas une course. Certains bipèdes ont le pas pressé, d’autres prennent leur temps. Il n’y a aucune cadence à s’imposer. « Marcher est un acte qui se met en route quand on le désire. Je n’y vois aucune contrainte. Il n’y a pas de précautions particulières à prendre sauf de ralentir quand vous vous essoufflez. Et le seul investissement, c’est la volonté », dit-il. Ce mouvement-là a le mérite d’être épargné par les blessures d’envergure, « sauf à glisser et tomber ». « L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de choc mécanique au niveau du système articulaire », décrit-il.

S’aérer l’esprit
C’est une évasion à expérimenter. Quand vous saturez devant votre ordinateur, prenez donc l’air durant dix minutes, enchaînez les pas et revenez à votre bureau. Soudain, tout s’éclaire. Car, voilà, c’est magique, la marche aiguise la réflexion. « Elle remet en ordre les idées, fait sortir du périmètre de ses pensées », vante-t-il. Pour davantage de bénéfices encore, les séances peuvent jouer les prolongations en famille. « Il faut faire de ces petites randonnées de deux heures de véritables expéditions où l’on va prendre les jumelles pour observer par exemple les oiseaux. La marche est aussi un outil d’exploration », s’enthousiasme le « piéton des pôles ».

Bon pour la mémoire !
La marche dope nos souvenirs. Une étude américaine, repérée par Jean-Louis Etienne, montre en effet qu’elle a un impact positif sur notre mémoire. L’enquête a été menée auprès de cobayes divisés en deux groupes : l’un effectuant quarante minutes de marche, trois fois par semaine, l’autre se contentant d’exercices d’étirements. Au bout d’un an, les marcheurs ont vu le volume de leur hippocampe croître d’environ 2%. Située dans le lobe temporal, cette partie du cerveau, qui joue un rôle essentiel dans le processus de mémoire, est « le siège de l’apprentissage » et intervient dans « le repérage spatial et le sens de l’orientation ». « Grâce à la marche, la performance de la mémoire augmente », décrypte le médecin. Autre vertu : « Cette activité physique agit sur notre humeur, jusqu’à jouer un rôle d’antidépresseur. » La marche soutenue et assidue provoque une hausse du taux sanguin d’endorphine, une substance produite par le cerveau qui est un dérivé de la morphine ayant des propriétés analgésiques et euphorisantes. « Cela donne un état de mieux-être », souligne-t-il. L’effort entraîne également la sécrétion de sérotonine, « l’hormone de la sérénité ».
A.R.