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En avant… Marche ! 1… 2 ! 1…2 !

  • il y a 2 jours
  • 7 min de lecture

La musique a des effets bénéfiques méconnus sur l’activité physique, la lutte contre la sédentarité et même certaines maladies. Plusieurs études montrent qu’elle aide à allonger le pas et à détourner l’attention de l’effort. C’est un levier accessible pour bouger plus, plus longtemps, et avec plus de plaisir. En effet, le rythme synchronise le cerveau moteur, l’émotion suscitée conforte la motivation et la répétition renforce les circuits nerveux.


L’association des mots « marche » et « musique » évoque immédiatement le cadre militaire, qu’il s’agisse de morceaux instrumentaux ou de chants de marche. Les Romains pratiquaient déjà la marche rythmée pour soutenir les efforts des armées. Au XVIIe siècle, Louis XIV fait composer les premières marches militaires par Lully et, à sa suite, les cours européennes créent leurs orchestres militaires pour soutenir l’ardeur des soldats au combat. Cette tradition a été transmise au Nouveau Monde pendant la Guerre d’indépendance des États-Unis. En l’absence d’instruments, les chants de marche prennent le relais pour faciliter les déplacements sur de longues distances en permettant de synchroniser les mouvements de la troupe et de lui faire oublier l’effort grâce à la distraction musicale.


Figure 1Maurice Orange, Public domain, via Wikimedia Commons
Figure 1Maurice Orange, Public domain, via Wikimedia Commons

Dans son Dictionnaire de la musique, Jean-Jacques Rousseau écrit que la musique est capable d’agir physiquement sur les corps et il raconte, dans Les Confessions, qu’il chante en marchant sur la route d’Annecy.

Les effets bénéfiques de la musique sur l’activité ont été exploitées en dehors du cadre militaire : les porteurs de l’Égypte antique, les forgerons depuis la Préhistoire, les paysans africains et, par extension, les esclaves dans les champs de coton, les rameurs, tous ont recours au chant pour alléger la monotonie, chasser l’ennui et synchroniser les mouvements dans le travail d’équipe. On a tous en tête les images des films de Disney, avec les nains rentrant de la mine dans Blanche-Neige, la marche des oies vers Paris, dans Les Aristochats ou la marchent des éléphants dans Le livre de la jungle.


Pour comprendre ces effets bénéfiques, il est nécessaire de se pencher un peu sur le mode de fonctionnement du cerveau concernant le mouvement et la musique, qui a été étudié par de nombreux chercheurs.

Dans la revue Art et thérapie, Fabrizio Andreelli se penche sur le rapport entre la musique et les neurosciences.

« L’écoute musicale demande la coopération de nombreuses fonctions du cerveau. Les sons sont d’abord transformés en activité électrique grâce à des cellules spécialisées de l’oreille interne ». Le nerf auditif achemine ensuite ces signaux au tronc cérébral et au cervelet. Elle est d’abord traitée dans le lobe temporal du cerveau spécialisé dans l’audition. Celle-ci est incapable à elle seule de rendre intelligible un air musical. L’imagerie fonctionnelle cérébrale montre que pour cela, de nombreuses aires différentes vont coopérer, chacune responsable en même temps d’une analyse particulière des sons :

·       Le rythme est analysé dans le cortex frontal et le cortex pariétal, qui stimulent aussi les aires motrices et sensorielles, et par le cervelet. Il active les zones motrices (en particulier le cortex prémoteur) comme si écouter préparait à une action motrice anticipée.

·       La tonalité active aussi le cervelet, le cortex préfrontal et le lobe temporal.

·       La musique est mémorisée dans l’hippocampe (siège de la mémoire).

L’écoute de la musique modifie de nombreuses aires cérébrales impliquées dans les émotions et le processus d’analyse du morceau de musique écouté se superpose à celui des émotions. Ce mode de fonctionnement très particulier fait donc coopérer de nombreuses fonctions cérébrales y compris les aires motrices et la mémoire.

Des études cliniques bien menées, comportant souvent un groupe témoin de comparaison, suggèrent fortement que la musicothérapie a un effet additif au traitement médical conventionnel. La musique pourrait influencer la plasticité neuronale et favoriser un processus de compensation ou de réparation de certaines fonctions cérébrales.

 

Du côté de la marche, pas à pas, il s’agit d’une construction complexe :

·       Les réseaux situés dans la moelle épinière alternent les activations des muscles nécessaires à la marche

·       Les centres du cerveau supérieur planifient le lancement du mouvement ou la prise en compte des conditions de sa bonne exécution (évitement des obstacles, par exemple) grâce à des informations auditives ou visuelles.

Lorsque le cerveau perçoit un rythme externe, comme la musique, il aligne ses propres réponses motrices ou attentionnelles sur cette structure temporelle. Ce mécanisme s’appuie sur le couplage fonctionnel entre les systèmes auditif et moteur, qui partagent des ressources nerveuses et entretiennent des interactions continues. On parle de synchronisation.

Le cerveau a une incroyable faculté de pouvoir remodeler, reconfigurer ses propres circuits en permanence. Tout au long de la vie, au gré des activités et des expériences, le cerveau évolue et forme de nouvelles connexions. La répétition du mouvement, au cours de la marche, permet de renforcer les circuits nerveux.

D’autres études scientifiques ont démontré que le chant collectif déclenche une vibration émotionnelle qui libère des endorphines et réduit le stress.

La musique est aussi bénéfique à la marche ou à l’activité physique des personnes en bonne santé.

Guillaume Chevance a présenté une synthèse des études concernant l’effet de la musique sur des indicateurs psychologiques et physiologiques pendant l’effort physique. « La première publication traitant du rôle potentiel de la musique dans la performance physique date de 1911 ! L’auteur (Leonard Ayres), observe que des participants à une course de vélo de 6 heures augmentent leur vitesse de 8,5 % quand une musique militaire est diffusée ». Des centaines d’études ont été conduites pour tester le rôle de la musique avant, pendant ou après l’effort.  Des études ont aussi observé le rôle de la musique dans des tâches de coordination et synchronisation. Certaines se sont intéressées aux effets physiologiques de la musique pendant l’effort physique sur la respiration, la fréquence cardiaque ou encore des réponses endocriniennes (hormonales) à l’effort. Il en résulte que l’écoute « de la musique est associée avec des perceptions plus agréables de l’effort, de meilleures performances sportives, une diminution de la perception de la difficulté de l’effort et une utilisation plus efficace de l’oxygène ». Une étude, en particulier, a mis en évidence, que ces critères étaient encore meilleurs lorsque la musique écoutée correspondait aux goûts musicaux des participants. Les principaux mécanismes expliquant le rôle de la musique dans l’effort physique sont la régulation des émotions, la distraction de l’effort et notre prédisposition à nous synchroniser avec la perception des rythmes.

La vitesse de marche reflète la santé et la condition physique et constitue un bon prédicteur de la qualité de vie et de la longévité. Des recherches révèlent que, pour tout le monde, la marche à un rythme régulier ou en écoutant de la musique améliore la vitesse, la longueur des foulées, la vigueur et la symétrie de la marche, de manière variable en fonction du tempo, du volume et des préférences musicales individuelles. D’ailleurs, la fédération sportive internationale d’athlétisme, interdit depuis le début des années 2000 l’écoute de musique lors des compétitions élites, allant jusqu’à même à décrire son utilisation comme du dopage technologique.

La musique peut également être bénéfique à l’activité physique de personnes atteintes de maladies neurodégénératives.

Une équipe de l’université de Montpellier a participé au projet BEAT-HEALTH, financé par l'Union européenne, visant à tirer parti des effets profitables du rythme sur le mouvement, en particulier pour améliorer la démarche et la mobilité. La maladie de Parkinson est un trouble dégénératif bien connu touchant le système nerveux central. Très tôt dans la maladie, les symptômes les plus évidents touchent la motricité : tremblements, rigidité musculaire, mouvements lents et problèmes pour marcher. Les troubles de la motricité perturbent la coordination motrice dans les activités quotidiennes et résultent de mauvaises connexions dans le cerveau. Les chercheurs ont mis au point une application musicale d’aide à la marche pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. À l’aide de capteurs placés sur les chevilles, l’application diffuse une musique qui s’adapte en temps réel à la cadence de pas de l’utilisateur pour, dans un premier temps, soutenir sa marche, puis, dans un second temps, accélérer sa cadence. Des études cliniques ont montré un réel apport de cette application musicale sur la qualité de marche des utilisateurs, leur peur de chuter et leur motivation à pratiquer une activité physique. De nouvelles études sont en cours pour valider le bénéfice de cette solution sur la sclérose en plaques, le diabète et l’obésité.

Plusieurs études montrent le bénéfice de la musique chez des patients ayant eu un AVC (accident vasculaire cérébral, c’est-à-dire un vaisseau du cerveau qui se bouche ou qui saigne). Chez ces patients, l'entraînement à la marche avec repères de cadence (par exemple, en écoutant de la musique avec un rythme marqué et régulier) améliore leur vitesse et la longueur de leurs pas, et ce, davantage que l'entraînement à la marche seul.

Pour tous les publics, il peut donc être très profitable d’intégrer la musique à l’activité physique, en pratique individuelle (avec des écouteurs) ou collective (par le chant). Il convient néanmoins de prendre quelques précautions : un niveau sonore trop important dans les écouteurs risque de favoriser ou d’aggraver une perte d’audition ou d’entraîner des accidents de la voie publique ou des chutes. En groupe, il faut veiller à adapter le rythme de la marche à la vitesse du plus petit dont les enjambées sont plus courtes afin que tout le monde en profite.

Il ne faut pas oublier, pour les publics moins mobiles, que toute mise en mouvement de la tête, des doigts ou des pieds est déjà un début d’activité susceptible de bénéficier de l’apport de la musique.



Enfin, dans la nature, la musique est partout, même sans appareil de diffusion. Jean-Jacques Rousseau, encore lui, racontait qu’un matin, il avait chanté une cantate en marchant, en mémoire du chant d’un rossignol, écouté la veille avant de s’endormir au pied d’un arbre.

Que l’on choisisse d’écouter la nature, sa musique préférée ou qu’on décide de chanter, l’essentiel est de bouger !


Marie-Pierre Gérard


Sources : Pas cadencé

Les bienfaits de la musique pour la marche sont appuyés par les données probantes

Bouger sur le tempo: Les bénéfices de la musique sur le cerveau

EuroMov Digital Health in Motion

Gait ecological assessment in persons with Parkinson’s disease engaged in a synchronized musical rehabilitation program

Detrended fluctuation analysis of gait dynamics when entraining to music and metronomes at different tempi in persons with multiple sclerosis

Listening to music during sprint interval exercise: The impact on exercise attitudes and intentions

Les effets de la musique sur les perceptions de l’effort et les performances sportives

Effects of Preferred and Nonpreferred Warm-Up Music on Exercise Performance

Musicothérapie et neurosciences

Implication des dimensions neurocognitives dans le maintien de l’effort physique au travers du rôle endossé par le cortex préfrontal et de la perspective coûts/bénéfices

Effect of Rhythmic Auditory Cuing on Temporal Stride Parameters and EMG. Patterns in Hemiparetic Gait of Stroke Patients

Walking training with cueing of cadence improves walking speed and stride length after stroke more than walking training alone: a systematic review

Comment la musique permet de lutter contre les effets de Parkinson

1 commentaire


DSQ
il y a un jour

Bonjour , je suis de Sauve 30610. J'aimerais connaître les activités de marché dans la région. Merci pour vos renseignements

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