Programmé pour la paresse ?! (ou la loi du moindre effort…)
- il y a 19 heures
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Ah, les bonnes résolutions ! Comme nous l'avions écrit dans notre article précédent sur la motivation, nous en prenons beaucoup chaque début d'année… pour, souvent, ne pas les tenir au fil des mois… Parmi celles-ci, l'intention de sortir de la sédentarité via la marche au quotidien ou tout autre activité physique. Une question se pose alors : pourquoi sommes-nous incapables d'être physiquement actif alors que nous en avons l'intention et que nous connaissons bien le rôle entre la marche au quotidien et la santé, l'exercice ayant, entre autres, un rôle anti-inflammatoire et immuno-protecteur ?
Pour les scientifiques, une véritable lutte s'inscrit entre nos intentions saines et nos pulsions sédentaires. Elles sont dues à deux mécanismes :
- les mécanismes rationnels, gérés par le système réfléchi ;
- les mécanismes émotionnels, gérés par le système impulsif.
Ce dernier, en organisant la partie instinctive et automatique de nos comportements, peut soit contrer, soit faciliter le système réfléchi avec lequel nous prenons nos bonnes résolutions.
Une deuxième question se pose alors : la réflexion peut-elle l'emporter sur nos pulsions quant à notre motivation pour être moins sédentaire ?
Afin d'y répondre, Boris Cheval et ses confrères* ont réalisé une étude auprès de différents participants. Cette étude a démontré que nous ne sommes pas tous égaux quant aux messages de prévention des différents organismes de santé publique : avoir l'intention de faire de l'exercice physique ne signifie pas que l'on va réussir à transformer nos intentions en comportements.
En effet, seuls les participants ayant une faible tendance impulsive à se rapprocher des comportements sédentaires ont réussi à passer de la théorie à la pratique.
Les comportements sédentaires, bien que nocifs pour notre santé, sont donc plus attractifs.
Trois facteurs principaux sont à prendre en compte dans cette propension à se laisser entraîner dans la sédentarité : « La quantité d’effort à fournir (effort-discounting) et le temps qu’il faut attendre (delay-discounting) pour obtenir ces bénéfices, ainsi que les biais cognitifs de distorsion des croyances (belief distorsion), diminuent de manière drastique la valeur subjective attribuée aux bienfaits de l’activité physique » (en une équation simple : Effort + Attente + Fausses Croyances = Sédentarité…). A contrario, les tentatives sédentaires, omniprésentes dans notre quotidien offrent des " récompenses " certaines, immédiates et sans effort.
Cette loi du moindre effort viendrait de l'évolution : lorsqu'il était difficile pour diverses raisons de se procurer de la nourriture, nos ancêtres restaient sédentaires pour préserver leur énergie, ce qui était primordial pour leur survie. Or les gènes permettant aux individus de survivre sont susceptibles d'être présents dans les générations suivantes, ce qui peut expliquer l'omniprésence de l'inactivité actuelle…
Une nouvelle expérimentation de ces chercheurs a prouvé qu'une attraction sédentaire est ancrée dans nos cerveaux, favorisés par notre environnement moderne (escalator, ascenseur, voiture, etc.)
Paradoxalement, nous n'avons pas évolués seulement en faveur de la sédentarité mais aussi pour être physiquement actif : lorsque nos ancêtres sont devenus, il y a 2 millions d'années, des chasseurs-cueilleurs, ils parcouraient près de 14 km par jour. Cela signifie que la sélection naturelle a favorisé des individus capables de fournir des efforts tout en s'économisant. Pour ceux-ci, l'activité physique était associée à la sécrétion d'hormones antidouleur, anxiolytiques ou euphorisantes. Ces processus hormonaux sont encore observables chez l'homme moderne.
A partir de cela, nous pouvons tirer différentes conclusions :
- il est bon de prendre conscience des mécanismes influents dans notre cerveau pour pouvoir résister à ce qui nous pousse vers la sédentarité et stimuler ce qui, au contraire, nous aide à être actifs ;
- nous nous déplaçons majoritairement à pied lorsque le déplacement est ludique et/ou nécessaire et favorise la sécrétion d'hormones euphorisantes, anxiolytiques ou antidouleur.
Ce constat peut nous pousser à revoir notre environnement associant nos pratiques de déplacement à un sentiment agréable.
Pour ce faire, les politiques publiques pourraient aussi entrer en lice en favorisant des environnements propices à la marche : espaces publics ouverts, bien entretenus et sécurisés au centre-ville comme à la périphérie, bâtiments encourageant la montée des escaliers, entreprises favorisant des postes de travail debout, etc.…
A nous ensuite de faire notre part pour utiliser ces opportunités afin de diminuer notre sédentarité. On peut ainsi par exemple prendre du plaisir en marchant, courant, pédalant, nageant etc., en visant des expériences affectives positives: se balader dans un environnement que nous apprécions particulièrement, marcher en bonne compagnie, écouter une musique agréable et entraînante… Ces petits plaisirs du quotidien favorisent la mise en place d'un cercle vertueux et pérenne pour nous aider à diminuer notre sédentarité. Pour cela, il est donc essentiel de rechercher des émotions plaisantes. Pourquoi ne pas allier l’utile à l’agréable ?
*Cheval, Maltagliati, Sarrazin, Fessler, Lebreton. « Why people should run after positive experiences instead of health benefits ». Journal of Sport and Health Science.
Article de Dominique A.T.
Sources : theconversation.com
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